Edito
L'avenir du ski sera plein de jeunesse... ou ne sera pas !
4 Janvier 2010
Ce n'est pas un oracle, c'est une évidence. Les stations de sports d'hiver ne pourront pas continuer à ignorer deux catégories de populations : les jeunes et la clientèle de proximité. Croire que le cercle économique «vertueux» va continuer à fonctionner en jouant la carte de l'ostracisme, c'est se mettre un bâton dans les guitares… Un jour où l'autre, parier sur l'horizon indépassable des CSP plus (1), peu regardantes quant il s'agit de mettre la main au porte monnaie, devient un jeu risqué. Le réservoir de quadras et de quinquas qui ont réussi leur vie et arborent au poignet une Rolex, pour reprendre une formule d'un publicitaire gonflé à l'hélium, peut s'épuiser. Ces skieurs jusque là fidèles, vieillissent. De sportifs, ils deviennent contemplatifs (le ski est une activité physique, CQFD) voire, zappeurs : des terrasses de l'Alpe d'Huez, ils peuvent très bien se retrouver, du jour au lendemain à Rodrigues, des grains de sable blanc plein les orteils… Le lien avec la neige devient ténu. La démonstration de la volatilité des publics a été faite dans la station «Luxe» française que l'on ne nommera pas. L'effet papillon est passé par là. Les subprimes, le gallon de pétrole s'affolent et les Russes restent prudemment dans leur Datcha, les Anglais ne changent plus de Channel. Les hôtels paraissent soudain vides et les étiquettes de prix retrouvent une certaine sagesse (réalisme) qu'elles n'auraient jamais dû perdre de vue. Le public, les «cibles» disent les marketers, sont mouvantes. Elles doivent être travaillées, approchées, séduites, convaincues. Des investissements considérables sont consentis en intersaison pour charmer ces clients potentiels. Des trésors d'imagination, de communication sont déployés au delà de nos frontières pour vanter notre plus grand et beau domaine skiable au monde.
Pendant ce temps, on entend mezza voce des brèves de comptoir qui ne sont malheureusement pas uniquement l'expression de locaux avinés. Voici en substance ce que l'auteur de cet édito a pu saisir dans une station proche de Grenoble : «La clientèle de proximité ne nous intéresse pas, elle engorge nos parkings, amène ses casse-croûtes et repart le soir sans consommer». C'est vrai, il ne faut pas être gagne petit : une voiture avec quatre personnes (comptons 3 skieurs, le quatrième étant un déviant, un adepte de la raquette…), c'est trois forfaits à 30 euros en moyenne que je multiplie par les centaines de Logan qui parasitent ces si beaux parkings si mal desservis par les navettes si poussives : on n'obtient que quelques dizaines de milliers d'euros… Et puis, on risque d'user inutilement les sièges des remontées mécaniques, alors qu'avec l'Anglais, le Russe, pas de risques. Ils ne sont là que quelques jours, ils arrivent en bus, en taxi, ils dépensent et repartent de manière très smart, correctement délestés de leur liquide (le français est désespérant de modernité, il persiste à vouloir payer en CB, l'abréviation de «Ciao le Black»).
Combien d'étudiants peuvent se permettre de venir sur la neige ?
Résultat, plutôt que de faire des offres promotionnelles en période creuse, les remontées mécaniques tournent à vide. Le campus universitaire de Grenoble, l'un des plus grands de France, d'où l'on aperçoit les champs de poudreuse, regorge d'étudiants qui n'attendent qu'un coup de pouce pour venir glisser : combien peuvent se permettre de venir sur la neige ? Force est de constater que le génie marketing des 2 Alpes qui a prévalu pendant des années s'est peu répandu. On skiait en effet pour une poignée de francs dans la station de l'Oisans sur simple présentation de carte d'étudiant. Pire, où sont passées les norias de bus qui montaient au ski, le mercredi, le samedi, le dimanche dans les années 90 ? Qui n'a d'ailleurs pas pesté contre les ralentissements qu'ils provoquaient ? Aujourd'hui, les scolaires, les MJC, les comités d'entreprise sont frappés de léthargie : le ski n'est plus un sport prioritaire. Les jeunes font du foot, de la natation, toutes activités par ailleurs fort respectables. N'est-ce donc pas la relève des skieurs qui s'étiole ? On a cru rêver quand les politiques d'une grande ville des Alpes se sont souvenus que le ski existait. Le dessin avoué était olympique. Le banc et l'arrière banc des anciens champions a été convoqué pour faire passer la pilule au bon peuple. A grand renfort de budgets publicitaires prestement aspirés par une agence de communication de Paname, on s'est évertué à faire passer cette belle capitale des Alpes pour un éden de sportifs hivernaux. Question : quelles actions ont été menées en direction des scolaires, des ados pour qu'ils aillent au ski, qu'ils viennent du huppé centre ville ou des banlieues étiquetées turbulentes ? Est-il normal qu'un skieur local paie son forfait plus cher qu'un skieur étranger bénéficiant des conditions particulières des TO (2) ? Le niveau de prix pour un forfait enfant est-il acceptable, supportable pour une famille ? Le tarif demi-journée n'est-il pas disproportionné ? Toutes questions qui semblaient échapper à nos chers décideurs qui se gargarisaient d'Olympisme. Le débat tournait autour des infrastructures routières, hôtelières. La neige, les jeunes skieurs étaient bien loin de ces salons feutrés où s'exerçait une glose convenue… Dans ces conditions, aura t'on plus de chance de voir émerger un nouveau Zidane qu'un Killy ? Est-ce digne de la France, pays dont les stations réunies constituent le plus grand domaine skiable du monde ?
(1) Catégories Socio-Professionnelles favorisées
(2) TO : Tour Operator
Archives
Janvier 2010
L'avenir du ski sera plein de jeunesse… ou ne sera pas !
Décembre 2009
Dubaï, Gstaad et l’Edelweiss
Novembre 2009
Précipitation(s)
Octobre 2009
Arrêt sur image
Septembre 2009
Eloge de la vitesse
Août 2009
Weight watchers is watching you !
Juillet 2009
Super tramp into the wild
Juin 2009
Karine Ruby est partie trop tôt
Mai 2009
Fin d'un hiver en or !
Avril 2009
La neige US lave plus blanc ?
Mars 2009
Protectionnisme et repli sur soi...
Février 2009
Dictature de l'étiquette et pertes de repères...
Janvier 2009
De vrais tests skis de randonnée !
Décembre 2008
Naissance de Mountain-factory
Les produits du mois
Salomon

Quest
Salomon propose une chaussure hybride qui devrait faire du bruit : la Quest. Pour skier... et marcher !
Voir aussi :
Scott Aztec ProMillet Pulsion 0.9 GTX
Le match
Powertraveller

Powermonkey-Explorer vs Solargorilla
Deux panneaux solaires rigides d'exception, ultra light... Lequel choisir pour avoir 100%...
Voir aussi :
Lowe Alpine Climb Pro vs Seam (...)Bohème Guide vs Forest
Le test longue durée
Timex

Expedition WS4
Un look décalé, très type "baroudeur". Cette Timex en offre beaucoup pour un prix serré...
Voir aussi :
TSL Joy StickQuechua Base Seconds 4.2
Le MIX MF
< 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 >





















