Accueil > Plateau du Vercors

Reportage

Plateau du Vercors

Citadelle de pierre, pour coeur de randonneur

Ce massif puissant, cerclé de calcaire a un coeur végétal qui invite à la découverte. On y vit à un autre rythme, entre modernité et fil des saisons. Une terre pour la randonnée, le canyoning, le trail... l'évasion. Un pays mâtiné d'histoire.


Par Chantal Baud et Franck Oddoux. Pilote montgolfière photos aériennes : Patrick Poussardin.


Villard de Lans. Vercors nord. Vent de sud tempétueux. Les bourrasques chahutent les gros tilleuls. Des colonnes de feuilles tournoient dans la rue de la République. Sur les terrasses des restaurants qui colonisent la place de l'Ours, les parasols ont remballé fissa leur publicité. Au jardin alpin, un «ancien» à la casquette vissée s'agrippe à la rambarde pour ne pas céder aux assauts du vent des fous (dit-on). Ce souffle colérique commence toujours comme ça. On sent d'abord à peine une brise, un parfum, une caresse chargée de résine de pin. Les pays pouvant se vanter d'exhaler une si belle haleine sont-ils si nombreux ? La présence de la forêt se fait alors plus forte, au fur et à mesure que le vent méridional enfle et chauffe au soleil. Il devient même épais, la présence du sud est presque palpable. C'est l'un des coups de magie du Vercors. Unique et pourtant terriblement diversifié, ce plateau compose avec des antinomies, des complémentarités et toujours des contrastes forts. C'est ainsi que quelques fois dans l'année, le vent raconte au nord verdoyant et colonisé ses histoires d'immenses forêts de pins sylvestres exposées au mordant soleil sudiste. Leur traîne odorante et volatile flotte sur les dizaines de kilomètres du plateau. Lorsque l'on a la chance d'habiter Lans-en-vercors, Méaudre, Villard de Lans... on sait qu'au-delà des routes, de la vie forcément aseptisée, existe un lieu de plénitude, de contemplation, d'abandon : sauvage. La réserve naturelle des Hauts Plateaux est la plus vaste de France : 17 000 hectares, trente kilomètres du nord au sud sans signe ostentatoire de civilisation. Un océan de lande, de clairières, de lapiaz, une faune et une flore livrées à elles-mêmes. Les vrais gardiens du temple sont les bergers aux pas de leurs cabanes. Tout au plus remarque t'on quelques traces d'avions dans le ciel et l'on se réjouit (quand tout va bien !) qu'ici, nul téléphone mobile n'ait espoir de piéger quelconque réseau. Les ondes comme le bruit des véhicules sont restés en bas, rejetés par les solides contreforts calcaires. La nuit, par beau temps, la voûte céleste n'est pas dérangée par une once de lumière parasite. Ça brille et ce n'est pas du toc.


Des vies en vase clos...

Le Vercors est d'apparence civilisé, quadrillé par des réseaux routiers, amadoué. Dès le premier coup d'oeil, on sait que l'on a affaire à un territoire apaisé, apaisant. Sa lecture semble aisée, comme un parchemin déroulé sur une table : quelques plis, un rythme de reliefs et une ceinture de falaises spectaculaires. Le plus grand massif des pré-Alpes du nord n'est pourtant pas si transparent que cela. L'étendue, la complexité de sa géographie en fait un objet d'exploration. C'est peut-être cette promesse qui lie les habitants du Vercors. Ils savent que l'on n'en fait... l'on n'en fera jamais le tour. Du col du Rousset au sud, au tunnel du Mortier au nord, les possibilités de balades et de ressourcement sont franchement infinies. Combien de sommets, combes, villages, plaines, clairières, talwegs, gouffres, cascades, arêtes ? C'est même devenu le terrain de jeu du bassin grenoblois, de Valence, de Lyon tout proches. On y vient pour se laisser aller à la contemplation ou à la découverte. Paradoxe de l'histoire, on cherche actuellement à pénétrer au plus intime ce territoire alors qu'en des temps reculés, la problématique était exactement inverse. Comment en sortir et porter au monde le fruit de son travail afin de subsister ? Comment échapper à cette forteresse calcaire afin de se nourrir des progrès de l'humanité en marche ? On n'ose imaginer le sors des premiers hommes du Vercors qui vivaient au pied d'un immense glacier d'un kilomètre d'épaisseur. Il débordait de la vallée de Grenoble et s'arrêtait à l'entrée de Lans en Vercors. Les rives d'un lac noyant le Val de Lans accueillait le néandertalien tenté par la sédentarisation. Au fil des siècles, devenu pasteur, agriculteur, il met à profit les moindres points de faiblesse de la carapace calcaire. Les failles, les pas, les cours des rivières sont autant de portes de sorties, de fenêtres sur les vallées, les villes, berceau d'une modernité tentante. Les paysans du sud Vercors, arrachaient à la terre de quoi vendre. Ils descendaient à Die par les cols de Vassieux et du Rousset, une marche longue et pénible pourtant presque une simple balade si l'on compare avec d'autres voies de sortie. Grâce à l'abrupt pas de la Ville, on basculait au-delà des crêtes, sur le versant Gresse et Trièves, déjà une libération... Pour les villardiens, le pertuis s'appelait Col de l'Arc à plus de 1700 mètres. Il permettait d'atteindre le sud de Grenoble après une journée de marche harassante. Rustiques, volontaires, on se demande aujourd'hui où les habitants du Vercors ont puisé cette force d'aller voir ailleurs. Aujourd'hui encore, sur les Hauts Plateaux, on aperçoit les vestiges d'une ancienne carrière romaine, la Queyrie, avec des colonnes abandonnées, taillées à même le rocher qui attendent juste d'être transportées. On ne peut s'empêcher de penser aux massifs Moais de l'île de Pâques dont le déplacement et l'érection dépassent l'entendement. Sous d'autres latitudes, même admiration pour l'énergie des hommes. Ces pierres de plomb étaient acheminées à travers la montagne jusqu'aux chantiers de Die. Travaux de géants...


Et le Vercors s'ouvre

Et si les citoyens du Vercors étaient plus îliens que montagnards ? Le massif tendu d'un élan au dessus des vallées a les caractéristiques d'un îlot. Un sentiment renforcé quant à l'automne, les brumes ceignent ses rivages. Avant le tracé et le creusement titanesque des routes, l'isolement caractérisait la vie quotidienne. Tout s'organisait autour de la production de bois, des travaux des champs, du centre vital qu'était la ferme. Ce bâtiment possède aujourd'hui encore son caractère originel avec ses pignons recouverts de lauzes appelés parfois sauts de moineaux. La dalle sommitale est coiffée d'une pierre en forme de d'olive ventrue, la « couve », symbole de fertilité. Les dépassées de toit sont réduites et n'offrent que peu de prises au terrible vent du plateau... toujours lui. En cas de neige surabondante, les lauzes permettaient de grimper sur le toit pour la faire glisser. Le superbe chaume tapissait les toitures mais brûlait comme de l'amadou à la moindre étincelle. Les annales racontent ces catastrophes, ces familles décimées par le feu. Déjà en 1842 puis en1850, les flammes s'abattent sur Valchevrière, acharnement cruel de l'histoire puisqu'il sera village martyr pendant la deuxième guerre mondiale... Le quotidien âpre des hommes du plateau a véritablement changé quand des travaux surhumains ont été entrepris pour créer des artères de circulation vers les vallées. Là encore, la volonté, la rusticité, la ténacité des vertacomicoriens (1) ont été mises à l'épreuve. L'un des premiers axes routier défriché et enfin carrossable a été celui de Sassenage à Villard au nord du massif. Les liaisons hippomobiles ont débuté. Les attelages improbables de grumes immenses allaient enfin pouvoir alimenter les papeteries de Grenoble. «Les trinqueballes», c'est le nom de la remorque conçue pour le transport du bois, amorcent la véritable exploitation de la forêt. Le temps commence aussi à s'écouler différemment, à s'accélérer. En 1960, on mettait cinq heures pour relier Villard de Lans-Grenoble dans des voitures à cheval tressautantes. En 1912, deux heures suffisent. Les quarante minutes d'aujourd'hui, respect des limitations compris, seraient passées à l'époque pour de la science-fiction. Mais l'admiration est surtout forcée par les travaux d'Hercule entrepris pour sculpter, creuser, accrocher les routes des Grands Goulets, des Ecouges, de la Bourne. Aujourd'hui encore, ces tracés déraisonnables sont des motifs d'étonnement, sans doute les lieux parmi les plus photographiés du Vercors. Admiration devant tant d'acharnement à faire plier la nature rocheuse à la volonté de mouvement des hommes. Le projet de route buttait contre une falaise ? On creusait la falaise. Impossible de tailler le coeur de la pierre ? On suspendait la voie dans le vide par encorbellement. Les ouvriers mineurs étaient pendus dans les abîmes par des cordes, assis sur des croix de bois et s'efforçaient au péril de leurs vies de faire avancer ces chantiers fous. Actuellement, les effondrements, les chutes de pierres, les drames réguliers (2) sur ces routes soulignent encore que l'audace des ingénieurs est simplement tolérée par la montagne. Trivialement, au-delà des accidents, une route qui se ferme, à la manière d'un infarctus, c'est une partie de la vie économique du Vercors qui s'en va.


Terre de résistance meurtrie...

Le cinéma l'a particulièrement bien rendu. Il y a souvent un contraste appuyé entre la beauté de la nature et la sauvagerie des hommes. À tel point que l'on a parfois du mal à imaginer que du sang a coulé dans des paysages idylliques, que le cerveau reptilien a pris le dessus sur les concepts les plus élémentaires de civilisation. En victimes, le Vercors et ses résistants n'ont pas échappé à la fureur de la deuxième guerre mondiale. Ce n'est pas une histoire de batailles épiques mais d'hommes courageux, fidèles à des idées humanistes. Ici, chaque village a été frappé. Les Allemands, la Wehrmacht, ont porté le fer. Entre Vertacomicoriens, on garde ça enfoui, on en parle peu mais du nord au sud du plateau, cette douleur commune rapproche. Il faut un nécessaire travail de mémoire pour voir dans les reliefs ondulés de Vassieux, dans les villages de la Chapelle, Saint-Nizier, Malleval... des théâtres de mort. Il faut aller à la ferme Albert à la Chapelle en Vercors voir ce simple mur contre lequel, en 1944, les Allemands fusillèrent seize hommes. Comment se représenter l'indicible dans ce village où le soleil réchauffe les pierres blanches où seuls les cris des hirondelles rompent le silence ? Les victimes tombées au feu sont des maquisards et des civils. Ces premiers se battent pour le « plan Montagnards » de Jean Prévost et de Pierre Dalloz. Leur idée était de faire du Vercors une base avancée pour attaquer l'ennemi de la France par l'intérieur. Les troupes aéroportées ne fouleront jamais le plateau du pied. Pourtant dès 1943, sur les plaines d'Ambel, le premier maquis prend ses quartiers. Dans la profonde forêt de Lente, au Rousset, à Cornouse, la résistance s'organise aussi. Des parachutes livrent des armes venues d'Alger. Les Allemands voient poindre le danger. Ils prennent pour cible le hameau des Baraques, le brûlent et anéantissent le maquis de Malleval. Plus de 3000 hommes se cachent dans les tréfonds du Vercors, souvent mal armés mais sûrs de leur mission. C'est en juillet 1944 que tous les espoirs de libération sont anéantis par la Wehrmacht. Vassieux et la Chapelle brûlent. Des planeurs venus de Strasbourg acheminent des troupes. En une poignée de jours, 600 résistants sont tués. Dans la grotte de la Luire transformée en hôpital de fortune, se réfugient 59 personnes, la plupart dans un triste état. Les blessés sont massacrés : les démons d'Oradour-sur-Glane... Le général Pflaum poursuit sans pitié son «nettoyage» à Saint-Nizier, la Chapelle, le Chaffal et Plan de Baix à l'extrême sud-ouest. On incendie des centaines de maisons. Le Vercors flambe. Aujourd'hui, le plateau a retrouvé sa quiétude. Ses sommets, la Grande Moucherolle, le Grand Veymont (le « Gros Raymond » pour Daniel Pennac inconditionnel du massif...), l'altier Mont Aiguille regardent faire les hommes. Il faut prendre son véhicule, s'arrêter sur les places des petits villages, savoir se perdre au terminus des routes forestières pour sans doute comprendre ce massif puissant. On se souvient de ces maquisards qui avaient fièrement maquillé un panneau routier, ils avaient inscrit : « Ici commence le pays de la liberté »...


_______L'eau, la dimension cachée...

Il y a des traces d'eau dans le Vercors mais très peu de rivières visibles et encore moins de lacs. La pierre calcaire a pourtant gardé les indices de son passage, de sa propriété érosive. Les lapiaz, les scialets, les gouffres son autant de signes de son travail. Les propriétés géologiques de ce massif poreux font que l'eau disparaît très rapidement dans les sols. De tout temps, les fermes ont été équipées de cuves de récupération d'eau de pluie (un système remis au goût du jour...) et les quelques sources étaient soigneusement captées pour alimenter les bachassons, ces abreuvoirs et autres bassins. La pluie, source de vie, est beaucoup plus abondante dans le nord Vercors (133 jours de précipitations) alors qu'elle se fait plus rare dans la zone de Die avec 89 jours.


________



________Le bleu du Vercors-Sassenage

Au palais, il a un petit goût de noisette, une pâte souple et un marbré bleu du meilleur effet, un «persillage» disent les spécialistes. Depuis 1998, le bleu Vercors Sassenage est entré dans le cercle flatteur des AOC. Pourtant, son histoire ne date pas d'hier puisque dès le XIV ème siècle, on retrouve ses traces dans toutes les fermes du Vercors. Il apparaît sur des tables royales, celles de François 1er et d'Henry IV. Les vaches du Plateau donnent leur lait pour une production de 180 tonnes. Il a conservé la particule «Sassenage» du nom des seigneurs qui contrôlaient l'accès au plateau. Aujourd'hui, les grands chefs l'associent à des sauces goûteuses. Il se marie particulièrement bien aux vins AOC de Die, qu'ils soient blanc ou rouge.


________
                                                                                                                                 
                                                                                                                               


(1) Vertacomicoriens : nom des habitants du Vercors venant d'un peuple celte ayant colonisé la région.


(2) Le 2 novembre 2007, suite à un éboulement sur la route des gorges de la Bourne sur un véhicule, deux personnes ont été tuées et trois autres blessées. En 2004, sur la même route, deux autres automobilistes ont été écrasés...

Localisation

Vercors


Diaporama photos


Les produits du mois

Salomon
Photos

Quest

Salomon propose une chaussure hybride qui devrait faire du bruit : la Quest. Pour skier... et marcher !

Voir aussi :
Scott Aztec Pro
Millet Pulsion 0.9 GTX

Le match

Powertraveller
Photos

Powermonkey-Explorer vs Solargorilla

Deux panneaux solaires rigides d'exception, ultra light... Lequel choisir pour avoir 100%...

Voir aussi :
Lowe Alpine Climb Pro vs Seam (...)
Bohème Guide vs Forest

Le test longue durée

Timex
Photos

Expedition WS4

Un look décalé, très type "baroudeur". Cette Timex en offre beaucoup pour un prix serré...

Voir aussi :
TSL Joy Stick
Quechua Base Seconds 4.2

Le MIX MF

< 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 >



Mountain-Factory est un site dédié aux tests de matériel de ski, vêtements de ski et tests de chaussures de ski en hiver. Les skis tests faits pour les skis alpins, skis freeride, skis nordique, skis de randonnée et raquettes à neige. En été, découvrez les tests dédiés aux sports outdoor et notamment l'escalade (baudrier escalade, chausson escalade, etc.), la randonnée trekking (chaussures de randonnée, sac à dos randonnée), mais aussi le trail (chaussures trail etc.) ou la via ferrata (baudrier via ferrata, mousquetons, longes via ferrata) et enfin le canyoning (baudrier canyoning, sac canyoning , cordes de canyoning).

test-ski-atomic test-ski-rossignol